Le jour où La Joconde fut volée

La Joconde a disparu ! 

Le mardi 22 août 1911, le peintre Louis Béroud arrive tranquillou au Louvre pour débuter une journée de travail. Familier des lieux, comme beaucoup d’autres artistes de son temps, il se plaît à venir au musée pour copier des chefs-d’oeuvres. Aujourd’hui, il compte s’attaquer à la star du musée, La Joconde ! Mais arrivé dans le Salon carré où se situe Mona Lisa, Louis manque de peu la crise cardiaque. L’emplacement où devrait être accroché le tableau est vide ! Immédiatement, il alerte un gardien qui pense en premier lieu qu’elle est peut-être dans un service du musée  pour une prise de photos, ou une restauration. Mais la direction contactée lui rétorque que non. Débute alors l’un des plus gros scandale de ce début de siècle…

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Au Louvre, déboule un escadron de 60 policiers du Quai des Orfèvres (la super police de Paris). Dans un petit escalier menant à la cour Visconti, le cadre vide du précieux tableau est retrouvé. Des empreintes digitales sont relevées et comparées à celles des 257 employés du musée, sans succès. Oui car après sa découverte, tout le monde a tripoté le cadre avec ses petites mains bien grasses, et il y a à présent bien trop d’empreintes. Des témoins sont entendus et deux d’entre eux méritent la médaille de la détente absolue. L’un raconte que la veille, le lundi à 9h, il avait déjà constaté l’absence du tableau. Et voilà. L’autre dit avoir emprunté le fameux petit escalier et de s’être à peine étonné de la présence du somptueux cadre posé sur le sol. La police en déduit donc qu’ils sont complètement cons que le vol a été commis dans la nuit de dimanche à lundi. Le Louvre et son administration sont alors montrés du doigt par la presse et la Société des amis du Louvre. Il n’y a pas assez de gardiens présents, La Joconde aurait du être mieux fixée au mur (et pas seulement à l’aide de simples clous) et elle aurait du bénéficier d’un système d’alarme. Suite à cet esclandre, Théophile Homolle, le directeur du musée, démissionne.  

Picasso et Apollinaire dans la mouise

Une semaine après le vol, le 29 août, le Paris-Journal publie dans ses colonnes le témoignage d’un certain Géry-Piéret. L’homme avoue avoir dérobé au musée du Louvre quelques années auparavant, trois statuettes ibériques. Le peintre Picasso a la palpite. En effet, ce Géry-Piéret est l’ancien secrétaire du poète Guillaume Apollinaire, le meilleur pote du peintre. En 1907, Géry-Piéret a vendu deux des statuettes à Picasso. En effet, le peintre expérimente de nouvelles formes dans son art – qui le mèneront à inventer le cubisme – en s’inspirant d’oeuvres protohistoriques et d’art africain. Ces statuettes l’intéressaient donc fortement.

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Têtes masculine et Tête féminine, IIIe siècle av JC, Espagne, Musée d’Archéologie Nationale, Domaine de Saint-Germain-en-Laye

Suite au vol de La Joconde, le Paris-Journal, promet une rançon à la personne qui retrouvera le chef-d’oeuvre. Géry-Piéret, qui confond un peu les torchons et les serviettes, se ramène aux locaux du journal pour leur donner la troisième statuette  toujours en sa possession contre une rançon. Et il en profite pour avouer son vol, parce que YOLO. Picasso et Apollinaire se retrouvent, le stress aux fesses : ils craignent que les soupçons du vol de La Joconde tombent sur Géry-Piéret et par recoupements, sur eux. Picasso ne sait pas quoi faire des deux statuettes qu’il lui a achetées et échafaude moult plans pour s’en débarrasser – du style les balancer dans la Seine – pour finir par y renoncer. Les deux amis se font pipi dessus et Fernande Olivier, la compagne de Picasso, écrit qu’ils ressemblaient « à des enfants contrits, épouvantés.« . Ayant un contact au Paris-Journal, ils décident finalement de leur remettre en toute discrétion les deux statuettes.

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Picasso (à gauche) et Apollinaire (à droite), tous deux dans l’atelier de Picasso du Boulevard de Clichy en 1910

Mais malgré leurs précautions, le 7 septembre au petit matin, la police débarque chez Apollinaire et l’emmène au poste. Il est inculpé de recel de malfaiteurs et complicité de vol et il est mis sous les verrous à la prison de la Santé. Le surlendemain, c’est Picasso qui est cueilli chez lui, Boulevard de Clichy. En pyjama, il a peine le temps de se changer : « tremblant, (il) s’habilla en hâte ; il fallut l’aider ; il perdait la tête de peur. » Au poste, il nie tout, soutenant qu’il n’est au courant de rien. On lui lit la déposition d’Apollinaire qui relate les faits exacts mais qui précise – pour le protéger – que Picasso ne savait pas d’où venaient les statuettes. La porte s’ouvre et Picasso voit Apollinaire, hagard, s’avancer vers lui. Lorsque le juge d’instruction demande à Picasso s’il le connait, le salopio rétorque que non ! Gêné il finit cependant par revenir sur ses dires ; il est renvoyé chez lui et le pauvre Apollinaire derrière les barreaux. Libéré le 12 septembre 1911, ce n’est qu’en janvier 1912 que le poète fut enfin lavé de tout soupçon pour le vol des statuettes et pour celui de La Joconde. Apollinaire fut profondément marqué par cet épisode et Picasso traîna longtemps avec lui un sentiment de honte vis-à-vis de son ami qu’il avait feint de ne pas reconnaître. Les mois passent et tout le monde commence à se faire à l’idée qu’on ne reverra plus Mona Lisa. Pourtant, cette dernière est toujours à Paris, cachée sous un lit… 

On a retrouvé La Joconde !

Le 29 novembre 1913, un homme envoie une lettre à un marchand de tableaux, Alfredo Geri, situé à Florence et lui déclare qu’il compte lui vendre La Joconde ! La lettre est signée par un certain Leonardi Vincenzo. S’en suivent des échanges de lettres et le marchand réussit à convaincre son interlocuteur de venir à Florence. Aussitôt,  Alfredo Geri prévient le directeur du musée des Offices pour qu’il vienne assister à la transaction prévue le mercredi 10 décembre à l’hôtel où loge le mystérieux vendeur. Les deux hommes tombent des nues : c’est bien La Joconde qu’on leur présente ! L’homme, de son vrai nom Vincenzo Peruggia, est un vitrier italien qui a notamment travaillé au Louvre. La police est immédiatement alertée et elle cueille le malfrat dans son hôtel.

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Fiche anthropométrique de Vincenzo Perugia, alors déjà connu des services de police pour des petits larcins.

Mais alors, comment s’y est-il pris ? Voici le récit de Vincenzo Perugia :

Avec d’autres ouvriers, j’ai été employé au musée du Louvre, en qualité de décorateur. J’ai vu ainsi très souvent le tableau de Léonard de Vinci et, chaque fois, mon orgueil patriotique en a ressenti une vive humiliation. Pourquoi donc me demandais-je, ce magnifique chef-d’œuvre italien enrichit-il avec tant d’autres le patrimoine artistique français. Ce n’est pas juste. La place de ce tableau est en Italie et non ici.  Je cessais de travailler au Louvre, mais j’y revenais souvent. J’y avais de bonnes relations avec tous les ouvriers, les surveillants qui me connaissaient, ne se méfiaient nullement. Du reste, comment auraient-ils pu deviner qu’en moi naissait et se développait le projet de voler le tableau ?
J’avais bien étudié le coup. L’exécution. était extrêmement aisée. Un jour que je me trouvais seul dans le salon Carré, je décidais d’agir. En quelques secondes, j’eus décroché le cadre. Vivement, j’enlevais le panneau, que je laissais un instant contre le mur, le temps d’aller cacher sous l’escalier où on devait le retrouver, le cadre volumineux dont je n’avais que faire. Plaçant le panneau sous ma blouse, je sortis tranquillement du musée, sans être le moins du monde soupçonné. J’ai gardé le tableau chez moi pendant deux ans, tremblant à chaque instant, bien que je l’eusse caché, qu’on arrivât à me découvrir.

A la fin, quand le silence s’est fait, je me suis rassuré. J’ai voulu évidemment tirer un bénéfice de mon vol, mais j’ai tenu aussi à ce que mon pays entre en possession d’une œuvre qui me paraît lui appartenir naturellement.

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La cité Héron, dans le quartier de l’Hôpital-Saint-Louis, où Vicenzo habitait et où il cacha La Joconde

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Reconstitution du parcours de Vincenzo Perugia dans la presse

Vincenzo est condamné en Italie à un an de prison, il en effectuera que 7 mois. Le coquin, bien malin, a donc plaidé un acte patriotique ; il est adulé par son pays d’origine qui y voit un acte de bravoure légitime. Et, cerise sur le gâteau, le bougre croyait que c’était Napoléon Bonaparte qui l’avait dérobée à l’Italie ! Alors que La Joconde a été emmenée en France par Leonardo Da Vinci et achetée par son protecteur, le roi François Ier…  Le 4 janvier 1914, les français sont ravis puisque La Joconde retrouve enfin sa place au Louvre !

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Caricature dans la presse de la sécurité renforcée au Louvre suite au vol.

 

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